Historique
INTRODUCTION
Extrait du Livre JEET KUNE DO "Toutes les Techniques de Bruce Lee"

Par Salem ASSLI

Publié aux Editions Chiron Copyright © Chiron 2002 - Salem Assli (Texte Original)


Avant qu'il ne révolutionne le monde des arts martiaux, Bruce était considéré par la plupart des traditionalistes de tout bord comme un jeune rebelle anti-conformiste dont on entendrait plus parler assez rapidement. En réalité, Bruce, qui se sentait investi d’une mission, était considérable en avance sur son temps. Ses méthodes d’entraînement étaient totalement révolutionnaires, et la plupart des puristes criaient au scandale devant sa façon de faire: il s’entraînait en musique, pratiquait les arts martiaux avec des chaussures au pied, frappait du pied avec ses chaussures sur le sac de frappe (seuls les boxeurs Français le faisaient), frappait de manière non orthodoxe sur son mannequin de bois au grand dam des tradionnalistes du Wing Chun. Ses élèves ne portaient pas de tenues traditionelles, et il leur apprenait, notamment, à combiner les systèmes entre-eux, ce que lui même faisait avec une aisance déconcertante. De fait, les idées nouvelles, nées de la synthèse intelligente des recherches constantes que faisait Bruce Lee, balayaient violemment des siècles de traditions.


La plupart des gens ont peur du futur et de ce qu'ils ne connaissent pas, ils s’accrochent à leurs traditions comme à une bouée de sauvetage.
Bruce lui, n’avait peur de rien, et surtout pas de choquer.

Bruce Lee influença et continue à influençer le monde des arts martiaux plus que n’importe quel autre individu, toutes époques confondues. Il fît des jaloux jusqu’en France qui fut, en 1975, le seul pays au monde à oser organiser un débat avec des pratiquants soi-disant experts en arts martiaux et dirigé par le président de la FFKAMA de l’époque, débat dont le thême était: « Pour ou contre Bruce Lee ». Pour couronner le tout, ils allèrent jusqu'à le comparer à une bonne ceinture noire 3ème dan, comme il y en avait (selon eux) des milliers rien qu’en France. J’en ris encore, même si cela donne parfois envie de baver.
C’est typiquement Français ce genre de mentalité, et on se demande pourquoi! Peut être est ce pour ce donner l’illusion que l’on est meilleur que les autres à défaut d’avoir vraiment du talent. Pendant ce temps là, les bons eux s’entraînaient. Dominique Valéra qui n’était pas présent ce jour là, fut le seul qui reconnu tout de suite les talents de Bruce Lee et en fit l’éloge. Peut être faut il être doué, humble et intelligent pour reconnaître le talent des autres? Sûrement.


Avec le temps, j’appris que de nombreux autres talentueux artistes des arts martiaux ont à un moment donné avoués leur admiration pour les talents du Petit Dragon. Des gens comme Sugar Ray Leonard qui confiera au magazine Playboy que Bruce Lee eut une grande influence sur sa manière de boxer, Peter Aerts, Rob Kaman, Benny Urquidez, Jhon Rhee, etc…On pourrait écrire un livre rien que sur l’influence positive de Bruce Lee sur des centaines de milliers de personnes, qu’elles soi pratiquantes ou non. Si Bruce n’avait pas existé, beaucoup de choses seraient différentes.

Aujourd’hui, son influence se ressent partout dans les clubs de Gym, de fitness et d’arts martiaux. Pratiquement tout le monde s’entrainent ou s’essayent à plusieurs styles d’arts de combats. Presques toutes les disciplines de percussion pieds-poings utilisent les instruments que lui et Inosanto introduirent dans son institut (pattes d’ours, bouclier, sac de frappe, etc...). La plupart des gens s’entrainent aux arts martiaux avec des chaussures aux pieds, et des systèmes qui enseignent le combat sur toutes les distances ont été mis au point ces dernières années, comme le créateur du shoot wrestling au Japon qui fut grandement influençé par Bruce Lee.

Mais comment tout cela à t’il commençé ?


DU WING CHUN AU JUN FAN GUNG FU

Lorsque Bruce Lee arriva de Hong Kong aux États-Unis en 1959, il pratiquait alors le Wing Chun Gung Fu, qu’il avait appris de son instructeur, le maître Yip Man.


Peu de temps après son arrivée, Bruce se mit à dispenser des cours aux Américains et s’aperçu rapidement des limites de ce style, qui selon lui, mettait trop l’accent sur le combat rapproché en utilisant les saisies et le travail des poings au dépend des techniques de pieds, qui permettent le combat à distance. A Hong Kong, le style Wing Chun est parfait pour la lutte dans les espaces restraints et surpeuplés. En revanche, les vastes espaces qu’offrent les Etats-Unis permettent d’autres formes de combats beaucoup plus adaptés. De plus, la corpulence des Américains est trés différente de celle des Chinois de Hong Kong. Afin de rendre son Wing Chun de plus en plus efficace, Bruce développa son propre système de Boxe Chinoise et greffa à sa nouvelle méthode, les éléments les plus raffinées et efficaces qu’il trouva dans d’autres systèmes de Kung Fu. Sa méthode se fit rapidement connaitre sous le nom de Jun Fan Gung Fu, du nom de son école, et qui était son nom de naissance, Jun Fan signifiant littéralement « né à San Francisco ». Devant l’efficacité grandissante de son art, Bruce se détacha de plus en plus du système Wing Chun.

Avec l’aide de Taki Kimura et de James Lee, Bruce donna de nombreuses démonstrations à travers la Côte Ouest des États-Unis. C’est James Lee qui introduisit Bruce Lee auprès de Ed Parker, considéré comme le « Père du Kempo Karaté » aux States, et l’organisateur du Tournoi de Long Beach.


En 1964, dans le milieu des arts martiaux, on commençait de plus en plus à parler d’un jeune pratiquant phénoménal du nom de Bruce Lee. Ed Parker l’invita officiellement a démontrer son art au tournoi de Long Beach en Californie. Sa démonstration fit fureur et ceux qui eurent la chance d’y être, en parlent encore aujourd’hui. Ed Parker la filma entièrement. Pour la première fois, le public pu apprécier la vitesse, la finesse, et la puissance de Bruce Lee, dont la plupart des artistes martiaux avaient déjà entendu parler. Bruce fit également une démonstration de plein contact, c’était une première. C’est sans aucun doute cela qui a été à l’origine de la création de la boxe Américaine par certains des meilleurs pratiquants de Karaté, de Tae Kwon Do et de Kempo de l’époque, même si cela n’a que très peu de rapport avec le Jun Fan Gung Fu et encore moins plus tard avec le Jeet Kune Do. Cependant, il faut noter que les meilleurs pratiquants de l’époque, Mike Stone, Joe Lewis, Chuck Norris etc… ont tous plus ou moins pris des cours privés avec Bruce Lee.

C’est à Dan Inosanto qu’Ed Parker avait confié la responsabilité de s’occuper de Bruce pendant son séjour à Los Angeles. Dans son livre « Jeet Kune Do the Art and Philosophy of Bruce Lee », Dan raconte qu’après avoir ramené Bruce à l’hôtel, il n’était guère charmé: «Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, cela me tracassait car ce qu’il (Bruce) faisait était quelque chose que je n’avait jamais vu. C’était comme apprendre quelque chose toute votre vie et un jour quelqu’un vient vous voir pour vous dire : « Vous pouvez partir vous ne faites plus l’affaire ». Dans mon cas, j’avais étudié tous ces differents arts, je n’irais pas jusqu’à dire qu’il ne valaient rien, mais il contrait tout ce que je fis sans y mettre le moindre effort. »

Suite à sa démonstration au tournoi, Bruce était en demande partout pour démontrer son art, et c’est Dan Inosanto qu’il choisira comme partenaire. C’est grâce au film que fit Ed Parker que Bruce fut découvert pour tenir le rôle de Kato dans le Frelon Vert. Afin d’être sur place, Bruce décida de venir s’installer à Los Angeles.

Bruce etait un pur produit des années 60, avec tout ce que cela comportait comme rebellion contre tout ce qui était figé, classique et traditionel. Il dira lui-même : « Il faut constamment briser les traditions pour les améliorer.»

En attendant la production du Frelon Vert, Bruce avait tout le temps de s’entrainer et d’entrainer celui qui sera son assistant et son élève qui lui fera le plus honneur. La rencontre fut une aubaine pour les deux hommes. Quand Bruce aura besoin de quelqu’un pour jouer la doublure de son adversaire dans un des épisodes du Frelon Vert, c’est à Dan Inosanto qu’il fera appel.

Sa rencontre avec Dan Inosanto va donc changer beaucoup de choses. Les deux hommes vont ouvrir en 1967 une école au 628 Collège Street en plein coeur du Quartier Chinois de Los Angeles. C’est durant cette période que Bruce va développer encore plus loin sa méthode de combat, ce sera un processus sans fin. Selon Dan Inosanto, le Bruce Lee de 1967 était beaucoup plus fort que celui de 1966, et celui de 1968 beaucoup plus que celui de 1967 etc… En fait, Bruce progressait à une telle vitesse, qu’à un moment donné, le programme d’entraînement à Chinatown changeait tous les mois.

Souvent les artistes martiaux qui rencontrait Bruce Lee pour la première fois se posaient la questions, a savoir si Bruce etait aussi bon dans les enchaînements et contre des attaques multiples, qu’il l’était en ripostant d’un coup unique et ce dès la première attaque ? Selon Inosanto, non seulement il l’était, mais de plus il se payait le luxe de n’en avoir pratiquement pas besoin, sa rapidité, son timing, sa précision et la puissance de ses coups pouvaient arréter n’importe qui dans son attaque, il n’avait en fait pas besoin du reste, même s’il s’y entrainait quand même. Toujours selon Inosanto, Il n’y avait pratiquement personne capable de lui donner la réplique.

Aucun visiteur n’était admis dans le Jun Fan Gung Fu Institute, et si un élève arrivait en retard, il devait taper un code secret pour pouvoir rentrer. A l’intérieur on y travaillait les arts martiaux de Lee Jun Fan, ce qui inclus : Le Wing Chun, le Jun Fan Gung Fu, la boxe Anglaise, le Jun Fan kick boxing, le Chin Na et les armes du Jun Fan. De plus, on y travaillait intensément la condition physique, car Bruce y attachait énormément d’importance. Il lui arrivait souvent de faire des programmes personalisés pour chacun de ses élèves. On utilisait ces arts pour développer toutes les armes naturelles, chacun selon ses propres besoins. On travaillait le développement des techniques de poings, les différents coups de pieds et coups de genoux, les projections, balayages et prises de lutte ainsi que toutes sortes de clés et d’étranglements. Sur les centaines de styles qu’il avait étudié ou observé, Bruce « emprunta » a tous ceux qui pouvaient renforçer son art et le rendre plus efficace, de manière aussi à ce que ses élèves aient une base solide, et puissent être à l’aise quelques soient les distances de combat.

Si un élève excellait en boxe, Bruce lui faisait prendre conscience de développer parallèlement ses techniques de pieds. Si un autre élève n’était pas souple ou au contraire excellait en pieds/poings, il le faisait travailler également au sol, afin d’être versatile. Les classes étaient limitées à un nombre restreint d’étudiants car Bruce n’aimait pas l’enseignement de groupe, préférant se consacrer pleinement à une seule personne à la fois.

En ce qui concerne l’enseignement de sa méthode, Bruce Lee se montrait très réservé, et Dan Inosanto n’était pas autorisé à enseigner tout ce qu’il apprenait de Bruce. De ce fait aujourd’hui, la nouvelle génération des élèves à l’Inosanto Academy, ne serait-ce que ceux de la phase I ou II, ont, pour la plupart à leur insu, la chance d’avoir beaucoup plus de connaissances que les élèves de Chinatown.

De plus en plus pris par ses engagements, et surtout parce qu’il préférait s’entrainer plutôt qu’enseigner, Bruce Lee déléguera la pleine responsabilité de l’enseignement à Dan Inosanto, qui donnera plus de 90% des classes jusqu’à la fermeture du Kwoon de Chinatown en 1970.


Los Angeles n’est pas seulement une ville tentaculaire avec plus de 160 langues et dialectes recensées, c’est une ville où toutes les cultures se mélangent, et où beaucoup d’idées et d’inventions nouvelles surgissent quotidiennement. L.A., c’est aussi le creuset d’une myriades d’arts et de systèmes de combats, et où la plupart des grands noms dans le milieu des arts martiaux résident. Bruce comme Dan auront chacun l’occasion, ensemble ou de leur côté, de cotoyer et d’étudier toutes sortes de disciplines. Cette façon de faire et d’étudier, était mal vu par la majorité des pratiquants de l’époque, qui étaient soit du karaté ou du jiu-jitsu par exemple, mais pas des deux à la fois. En ces jours, les rivalités entre les différentes disciplines existaient réellement.

Dan Inosanto à une grande part de responsabilité dans le developpement du Jeet Kune Do, non seulement après le décés de Bruce Lee, mais aussi de son vivant, chose que peu de gens savent en dehors du clan JKD. Comme le disait un jour Taky Kimura, l’un des 3 seuls individus certifiés* instructeurs par Bruce Lee avec James Lee et Dan Inosanto : « Avant Dan Inosanto il n’y avait pas de Jeet Kune Do ». Bruce avait tant de respect pour les connaissances et la personnalité d’Inosanto, qu’en Février1967, celui-ci lui remettra son diplôme d’instructeur 3ème degré en Jeet Kune Do, diplôme nécessaire selon Lee pour enseigner. Dan Inosanto est le seul individu au monde à avoir reçu un tel diplôme signé de la main du maitre, et le seul autorisé par Si Jo Bruce Lee à délivrer des niveaux (ranks).


A la mort de Lee, Inosanto est devenu le numéro un mondial dans l’enseignement de cet art. Qui donc mieux que lui, qui fut présent le jour ou Bruce Lee lui prononca pour la première fois le terme Jeet Kune Do, peut en expliquer la véritable origine ?

« Tout à commencé, dit-il, au début de l’année 1966, Bruce lee et moi faisions un tour en voiture dans le Quartier Chinois. Nous parlions d’escrime. Bruce disait que la façon la plus efficace de contrer en escrime, c’était le coup d’arrêt. Un coup d’arrêt ce ne’est pas lorsque vous faites une parade et qu’ensuite vous contrez ; ça ce fait en un temps. Quand l’agresseur attaque, vous interceptez son mouvement avec un coup de pointe, ou un coup de votre choix. C’est fait dans le but de l’intercepter au milieu de son attaque, et de tout les contres, c’est le plus haut niveau, et le plus économique.

Ensuite Bruce a dit : « on devraient appeler notre méthode, le style du coup de poing qui arrête », ou le « style du coup de poing qui intercepte ».

« Comment dirait-on ça en Chinois ? » lui ai-je demandé.

« Jeet Kune Do ».

Jeet Kune Do signifie la voie du poing qui arrête, ou la voie du poing qui intercepte. Donc au lieu de bloquer et d’ensuite frapper, notre concept et de se passer de bloquer complètement, et à la place, d’intercepter et de frapper. On réalise bien sûr que ça ne peut pas toujours se faire, mais cela reste le thème principal.

Jusqu’en 1967, notre méthode s’appelait « Jun Fan Gung Fu », qui était une modification de diverses techniques, de la Mante Religieuse du Nord à la Mante Religieuse du Sud, Choy Li Fut, Serres de l’Aigle, Hung Gar, Boxe, Boxe Thai, Savate, Lutte, Judo, Jiu-Jitsu, et plusieurs autres styles de Kung Fu du Nord. C’est évident que le WingChun était le noyau et que toutes les autres méthodes gravitaient autour de ça.

C’est durant cette période que Bruce a développé son style particulié de coups de pieds, une modification des styles de Kung Fu du Nord, grandement amélioré par la façon dont il s’entrainait. Plus tard il fut désolé d’y avoir donné le nom de Jeet Kune Do, car il pensait que c’était aussi lui donner des limites, et selon lui, il n’y a pas de telle chose comme un style lorsque l’on a totalement compris les racines du combat.

Le terme JKD lui-même est venu tout naturellement, parce que Bruce utilisait beaucoup d’abréviations dans ses matériaux, comme « HIA », (Hand Immobilization Attack), « ABC » (Attack By Combination), « ABD », « SAA », « PIA ».

Un jour je lui ai dit, « Ce JKD est fantastique ».

Il a répondu, « Eh ! j’aime ce terme JKD », et il l’a utilisé comme abréviation pour Jeet Kune Do. Dans nos conversations personelles, on utilisaient le terme « JKD » pour quelque chose de très bon, qui n’est pas de ce monde, d’unique ou de très rapide.

Donc, par exemple, on pouvaient conduire et voir un restaurant que nous aimions et dire : « Ouais ! La nourriture là c’est du JKD » ou « Le film que j’ai vu hier soir c’était du JKD » ou encore « Waoh ! cette peinture c’est du JKD ».

Mais en tout cas, Bruce disais toujours, « JKD, c’est juste un nom, n’en faites pas toute une histoire »

C’est donc au Jun Fan Gung Fu Institute que Bruce et Dan vont développer le Jeet Kune Do. Aujourd’hui encore, beaucoup de gens ne comprennent pas vraiment la différence entre le Jun Fan Gung Fu et le Jeet Kune Do. Pourtant la différence est simple :

LE JUN FAN GUNG FU EST UN STYLE, LE JEET KUNE DO EST UN CONCEPT.

Le Jun Fan Gung Fu est un style, avec à la base pour fondation, le Wing Chun, fortement modifié par Lee Jun Fan (Bruce Lee), comprenant des éléments, comme on a pu le voir plus haut, d’autres systèmes de Kung Fu. Mais aussi d’arts de combats Occidentaux, telle que la boxe Anglaise. Les arts martiaux de Lee Jun Fan c’est donc :

- Le Wing Chun (méthode Lee Jun Fan)

- Le Jun Fan Gung Fu avec toutes les techniques de poing et de saisies

- Le Jun Fan Western Boxing

- Le Jun Fan Kick Boxing avec l’utilisation des genoux et des coudes

- Le Jun Fan Chin Na (Lutte avec clés, étranglements, projections, chutes, balayages, lutte au sol etc...).

- Les Armes du Jun Fan (La lance, 3 sections staff (nunchaku à trois branches), le bâton long). Cette partie du programme étant en milieu de développement.


Le Jun Fan Gung Fu à un programme, donc des techniques qui sont classées, cataloguées, répertoriées de manière progressive, comme certaines que vous découvrirez dans les prochains chapitres, et qui constituent les fondements, les bases du Jeet Kune Do. Le Jun Fan Gung Fu possède également des sets ou séries, tant au mannequin de bois, que des séries progressives de défenses contre telles ou autres attaques, et même des enchaînements de pieds qui, pour certains, ressembleraient à des katas (voir au chapitre 8).

Si chacun des éléments qui constituent le Jun Fan peuvent se pratiquer séparément, ils sont néanmoins une partie d’un tout. L’élève doit se familiariser avec chacun d’entre-eux, et ètre capable de faire le lien entre ces différents composants et cela dans n’importe quelle situation.

Le Jun Fan est un systême, une progression de méthodes, un véhicule pour arriver à trouver ce qui marche pour vous.

Bien qu’il contienne également des techniques qui lui sont propres, le Jeet Kune Do lui, est un concept. Pour comprendre les principes, concepts et stratégies du Jeet Kune Do, il est donc impératif de connaître et d’étudier en premier lieu le Jun Fan Gung Fu. On ne peut pas par exemple mélanger des styles de combats et dire : « Je fais du JKD », si l’on a pas appris auparavant le Jun Fan Gung Fu.

Si l’on peut dire, pour citer Bruce Lee, que : « Le Jeet Kune Do intégre tout, mais n’est intégré dans rien », il faut toutefois préciser que certains styles ou systèmes ne rentrent pas du tout dans la structure du Jeet Kune Do, de par leur absence de fluidité par exemple.

Le Jun Fan Gung Fu, qui utilise les concepts du Jeet Kune Do, est en perpétuelle évolution et l’apport que fit Dan Inosanto est immense. De part ses recherches (du vivant de Bruce), Dan y incorpora entre autres, le Panantukan et le Sikaran, une méthode de combat pieds/poings des Philippines qui augmente encore plus l’efficacité du système Jun Fan, non seulement par sa technique elle-même, qui a fait ses preuves, mais aussi par sa méthode d’entrainement très sophistiquée. Les systèmes d’arts martiaux Philippins qu’enseigne Inosanto, tel que le système Lacoste par exemple, sont tellement similaires autant dans le concept que dans la pratique, qu’ils aident à la compréhension et l’efficacité du Jeet Kune Do. Plus tard, d’autres styles de combat tels que la Savate, le Muay Thai, le Penjak Silat, le Jiu-Jitsu, et le Shoot Wrestling ont été inclus dans le curriculum du Jun Fan Jeet Kune Do.

L’ESSENCE DE L’ART

Lorsque l’on dit « inclus dans le curriculum », les différents systèmes sont en fait enseignées dans des classes bien séparées, en partie pour préserver leur identité, mais aussi pour garantir un certain niveau d’efficacité aux élèves, chacun étant libre de les explorer ou d’y adhérer à fond. En d’autres termes, lorsqu’un élève étudie le Jun Fan Gung Fu à l’Inosanto Academy, il est également exposé aux différentes méthodes d’entrainement, ainsi que les principes et concepts d’autres méthodes de combats telles que celles mentionnées plus haut, avec l’opportunité de les étudier s’il le souhaite. Cependant, cela ne veux pas dire qu’il embrassera le ou les systèmes dans leur entier, mais s’il est intelligent, il en absorbera l’essence afin de se familiariser avec eux.

Actuellement, une vie n’est pas suffisamment longue pour pouvoir apprendre ou même explorer tout les systèmes de combat, surtout s’il l’on veut en plus étudier leur histoire et leur philosophie. Une personne qui étudiera une ou même deux méthodes, aura plus de temps pour le faire, qu’un pratiquant du Jeet Kune Do qui comprend que pour étudier les différents systèmes adaptées aux différentes distances, Il faudrait qu’il s’entraine 24 heures sur 24, ce qui est physiquement impossible. Le pratiquant du Jeet Kune Do doit donc s’entrainer intelligemment et aller à l’essentiel. Il doit donc trouver le dénominateur commun entre les différents systèmes d’arts martiaux, pour pouvoir ensuite :


- Absorber ce qui est utile

- Rejeter ce qui ne l’est pas

- Ajouter uniquement ce qui lui appartient

Absorber ce qui est utile, signifie qu’il doit prendre ce qu’il peux ou pourra déployer. Cependant Ce qui est utile pour lui ne le seras pas nécessairement pour quelqu’un d’autre.

Il y a au moment ou j’écris ces lignes, des millions de gens qui suent sang et eau, et qui payent, pour étudier un système qu’il ne maîtriserons jamais. Le seul avantage, c’est qu’ils transpirent, mais si leur vie en dépend, ils ne pourraient pas faire grand chose. Pour prendre un exemple, je pense à ceux qui étudient un système de combat ou tous les coups de pieds se donnent au dessus de la ceinture, mais qui, de par leur manque de souplesse, ne peuvent pas lever la jambe plus haut que la hanche. Si ces personnes veulent réellement étudier l’art de la self-défense, elles devraient plutôt se tourner vers des styles qui leurs permettent de s’exprimer pleinement avec leurs limites, qui peuvent devenir leur force, et se pencher vers des systèmes tels que la lutte, la boxe Française, etc., là ils pourront faire usage de leur poings, et frapper en low kick.. Certains pratiquants s’évertuent à essayer de maitriser des techniques qu’ils ont vu exécutées avec succé par d’autres. Elles leur semblent efficaces ou esthétiques, mais malgré leur acharnement, elle restent inaccessible pour eux. Si au bout de quleques essais, on y arrive toujours pas, il faut parfois laisser tomber et passer à autre chose, cela peut signifier que la technique ne nous appartient pas.

Rejeter ce qui est inutile, ne peux se faire uniquement que lorsque l’on a acquis un certain bagage technique, aller à l’essentiel en gardant uniquement ce qui est devenu pour nous naturel. Cependant il ne faut pas non plus rester fixé uniquement sur ce que l’on sait faire de mieux, car cela nous empêche parfois de voir le reste et transforme notre savoir en habitude ou en « maladie ». Certaines personnes « pleines de bonnes intentions », et ayant lues que Bruce disait : « Ce n’est pas chaque jour on apprend, mais chaque jour on désapprend », on crues comprendre qu’il ne fallait pas accumuller les connaissances et qu’ainsi ils se rapprocheraient de l’artiste martial idéal. A ces personnes j’aimerais faire prendre conscience que l’on ne peux pas désapprendre ce que l’on a pas appris, en d’autres termes, pour parvenir au stade de désapprendre il faut d’abord avoir du bagage au départ. Ce commentaire de Lee, s’applique aux artistes qui ont appris un système traditionel plus ou moins rigide et qui souhaitent se mettre au Jeet Kune Do. Ils seront obligés de « désapprendre » afin de pouvoir absorber beaucoup plus facilement ce qui sera forçément quelque chose de nouveaux pour eux.

Un artiste qui débute, quelque soit son art, que ce soit un architecte, un peintre ou scientifique, il devra d’abord étudier et connaître plus ou moins ce qui se fait à son époque avant de pouvoir lui-même crêer un nouveau genre ou un nouveau style. Il devra d’abord apprendre, puis désapprendre pour être enfin lui-même. Comme l’écrivait Bruce en 1964 : « Ce n’est pas tant ce que vous avez appris, mais ce que vous avez absorbé. Ce n’est pas le montant de connaissances que vous avez accumulé en Gung Fu, mais ce que vous pouvez appliquer en Gung Fu. Une technique bien maitrisée est plus efficace que mille apprises à moitiées ».

Finalement, ajouter uniquement ce qui nous appartient, signifie que nous pouvons greffer des éléments qui vont s’harmoniser avec le bagage que nous avons déjà acquis, et qui vont aider à élever toujours plus haut notre niveau physique et mental. Ces éléments doivent devenir des éléments de seconde nature et nous devons les ressentir pleinement comme une partie de nous même.

Beaucoup de gens font l’erreur de penser que parce que telle ou telle personne est plusieurs fois victorieuse avec son style, c’est une preuve que son style est le meilleur, toute la masse voulant ensuite ce mettre à la pratique de ce style, comme une mode. Malheureusement, il n’y a rien de plus faux, tout cela étant une illusion. Ce n’est pas le style qui fait la réussite, mais celui qui sait l’utiliser. Si un représentant du Muay Thai, de la Savate, ou du Jiu-Jitsu Brésilien perd son combat contre un autre style, est ce que cela prouve que son style est moins bon ? Absolument pas.

Lors des premiers UFC, plusieurs styles se sont fait surprendre au jeu des Brésilien. Tous ceux qui y avaient participé avaient la même faiblesse, ils n’avaient aucune expérience dans le travail au sol. Conclusion, ils se sont tous, plus ou moins, mis a étudier pour combler cette lacune, et finalement d’autres styles ont pu gagner à leur tour. Cela a été une des grandes contributions des Brésiliens.

Pourtant déjà, Bruce dans « Opération Dragon » avait démontré au public que la lutte est tout aussi importante que le reste, que l’on pouvait gagner par soumission au sol et qu’il ne fallait donc pas négliger cette partie du combat.

Pareillement, si l’on se concentre uniquement au travail au sol, on développera des faiblesses. Que se passe t’il si l’on doit faire face à deux ou trois adversaire en même temps, va t’on essayer d’en attraper un et l’amener au sol pour lui faire une clé de bras ? Bien sûr que non, on va plutôt essayer de donner des piques aux yeux, des coups de pied dans l’aine ou dans les genoux. Mais certainement pas vouloir aller au sol. Il y a un temps et des situations pour tout.


Bruce découvrit que chaque style a ses avantages et ses faiblesses, certains apparemment ayant plus d’avantages que de faiblesses par rapport à d’autres, car ils couvrent plusieurs distances, cependant aucun système n’est totalement complet.

On reconnaît un bon système, au fait qu’il permet, et mieux encore, encourage ses pratiquants à rechercher, expérimenter, et à créer. Sans ces éléments, il risque de disparaître, car la stagnation tue le système. Bruce pensait également que les styles traditionels d’arts martiaux divisaient les hommes plutôt que de les rassembler. Chacun pensant que sont style est le meilleur, ignorant ou souvent même dénigrant les autres méthodes. Bruce voulait donc libérer ses élèves des styles et des systèmes classiques. Cela ne veut pas dire que techniquement ils ne sont pas bon, mais pour Bruce une personne qui s’exprime à travers un style, exprime le style, mais ne s’exprime pas elle-même.

Le Jeet Kune Do n’est en réalité rien de plus que l’expression de la personne dans sa totalité.

Le 27 Mars 1981, le Jun Fan Gung Fu (Jeet Kune Do) a été reconnu comme art, (mais non comme style) par l’Académie Officielle de Boxe Chinoise (Kuoshu Federation), une division de la République de Chine à Taiwan au Ministère de l’Education. Reconnaissant de cette manière légitime l’art de Si Jo Bruce Lee et le plaçant sur le même plan que le Tai Chi Chuan, le Shaolin et autres styles historiques mondiaux.


* Taky Kimura est certifié instructeur en Bruce Lee’s Tao of Chinese Gung Fu, James Lee (décédé) était certifié en Jun Fan Gun Fu, et Dan Inosanto est certifié en Jeet Kune Do ainsi que dans les deux autres disciplines.


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