Interviews

1- DRAGON STORY INTERVIEW SALEM ASSLI

DRAGON STORY INTERVIEW SALEM ASSLI

Interviewé par Mr Christian Declercq, le Président du Club Bruce Lee, pour son magasine « Dragon Story », Sifu Salem Assli a bien voulu répondre aux questions de celui-ci.

1– Salem, faut t’il obligatoirement adhérer à ton Association pour pouvoir lire ton magazine « Regards sur l’Inosanto Academy » ?

Sifu Salem Assli: C’est effectivement la seule façon de le recevoir chez soi. Ou alors, il faut le(s) commander par internet en visitant le site www.jeetkunedokali.com. Cette revue est faite pour ceux qui souhaitent rester informés de ce que l’Association fait et planifie, et de recevoir des articles, pour la plupart totalement inédits, car ils n’ont été publiés qu’en anglais, le plus souvent aux Etats Unis, et n’ont jamais vu le jour en Europe. Mais les avantages sont plus nombreux qu’uniquement recevoir la revue. Si on veut passer des examens techniques ou des certificats d’enseignements, la licence est obligatoire.

2- Ne crois-tu pas que devant les multiples difficultés et toutes les contraintes s’y rapportant, avec le temps l’étude du Jeet Kune Do va perdre de sa valeur ?

Salem Assli: Absolument pas! Bien au contraire. Tous les grands artistes des arts martiaux, intelligents je précise, car ce n’est pas le cas pour tous, utilisent les concepts du Jeet Kune Do. Ils ne le diront pas nécessairement, mais les principes émis par Sijo Bruce Lee commencent à être monnaie courante. Bruce avait vraiment cinquante ans d’avance en ce qui concerne les arts martiaux. Ils utilisent les concepts, mais ne font pas du Jeet Kune Do, s’ils ne sont pas passés par le Jun Fan Gung Fu. Il n’y a aucune raison que le JKD ne perde de sa valeur, s’il est enseigné par des gens compétents et certifiés.

3- Après la création de ta fédération, ne trouves tu pas qu’en France il y a beaucoup de concurrence dans l’enseignement du JKD, et que de ce fait tu n’as pas le monopole ?

Salem Assli: D’abord, nous sommes encore une association. S’il existe une fédération, elle est illégitime, car nous sommes propriétaires, en France, du nom Jun Fan Jeet Kune Do, Jun Fan Gung Fu, des caractères chinois (JKD) et du symbole du JKD. Tout est enregistré à l’I.N.P.I. A n'importe quel moment nous pouvons entamer des poursuites judiciaires, car la plupart font n'importe quoi. Cela dit, je n’empêche pas les autres de faire ce qu’ils veulent. Les gens ont le droit de choisir avec qui ils veulent s’entraîner. Tout le monde ne mange pas dans le même restaurant. Il y en a qui préfère manger chez Mac Donald, et d’autres des Sushis... je serais plutôt de ces derniers. Cela dit, je suis assez confiant dans ce que j’enseigne, car il ne faut pas oublier que cela fait vingt ans que je suis avec Inosanto, et que pour qu’un autre Français rattrape ça, il faudra qu’il se lève tôt. Quand au monopole, cela ne veut strictement rien dire pour moi. Ce qui m’importe le plus, c’est la qualité de ce que j’enseigne et le plaisir qu’ont mes élèves à apprendre avec moi, et moi avec eux.

4- Quels sont les critères qui définissent qu’une personne peut être nommée « Instructeur » ? Parle t’on d’années de pratique ou du nombre de stages effectués sous ta responsabilité ?

Salem Assli: Un instructeur doit avoir plusieurs qualités. Pas seulement celle de pouvoir balancer un coup de pied ou un coup de poing dans la figure de celui qui est en face. Beaucoup savent le faire, mais ce qui compte le plus pour moi, c’est qu’il soit capable de transmettre les informations et surtout qu’il possède un bon mental et de la loyauté. Dan Inosanto parle de plus en plus de cette notion. Nous avons tous deux appris notre leçon. Nous en parlions encore récemment. J’ai compris avec le temps que les gens courent après les diplômes et se fichent totalement de la loyauté envers leurs instructeurs (surtout en France, où ils sont de vrais « spécialistes », car comme tu le sais, j’enseigne mon art non seulement en Europe, mais également en Asie, au Canada et aux Amériques, pays dans lesquels j’ai formé des instructeurs).

Pour revenir à ta question... afin de pouvoir démarrer quelque chose dans une région, il faut nommer des instructeurs, en espérant qu’ils poursuivront assidûment, puis les confirmer plus tard.

Cela dit, souvent dans le passé, une fois le premier certificat d’apprenti délivré, la personne pensait qu’elle connaissait tout et qu’elle n’avait plus rien à apprendre... quelle erreur ! Certains ont commencé sous moi, mais ont été trop pressés de se voir diplômés par Inosanto, et sont passés derrière moi pour obtenir quelque chose sans respecter le protocole, montrant ainsi qu’ils ignoraient ce qu’était la loyauté. Le résultat est qu’il ne les certifiera jamais, et ils sont obligés de se tourner vers d’autres instructeurs afin d’obtenir quelque forme de légitimité. Il peut lui arriver de signer en bas du certificat, à côté de l’instructeur qui certifie cette personne, comme il l'a déjà fait pour certain de mes représentants, mais ils ne peuvent prétendre être certifié directement sous Inosanto. Si c'était le cas, elles seraient immédiatement listées sur le site de l'Inosanto Academy, or en France il n’y en a qu’un. Son nom est sur la liste des instructeurs (voir www.inosanto.com).

En ce qui me concerne, je ne délivre pas de diplôme à la légère. Avec tous les élèves inscrits à notre association, je n’ai en France que 5 ou 6 instructeurs qui sont certifiés, d'autres sont sur la liste et travaillent pour atteindre cet objectif. Sifu Dan Inosanto les apprécie tous énormément, et il a pu encore voir leurs progrès en Février dernier à Los Angeles.

5- Comment arrives-tu à diriger une association en France, tout en étant aux Etat-Unis ? N’aurais-tu pas intérêt à résider dans ton pays natal pour pouvoir contrôler les associations et instructeurs reliés à ton organisation ?

Salem Assli: J’utilise la technologie... l’internet est fait pour ça. Que je sois à Los Angeles, Séoul, Tokyo, Paris ou Toronto, il n’y a aucune différence. Je suis en contact permanent avec mes assistants, soit par internet, soit par téléphone via le web. De plus, je me rend en France au minimum trois à quatre fois par an, et tout se régie sans problèmes. Mes assistants font tous du bon travail.

6- Avec beaucoup de recul aujourd’hui, la déception fait souvent dire que tout stage ou séminaire se rapportant au Jeet Kune Do = Pompe à sous... Quel est ton sentiment à ce sujet?

Salem Assli: D’abord, je ne pense pas que cela se rapporte essentiellement au JKD. Il y a des tas de stages et de séminaires qui se donnent tous les mois sur des systèmes de toutes sortes dont certains sont pour le moins farfelus, et dont on ressort sans avoir rien appris d’utile. C’est de ceux là que l’on devrait parler. En ce qui concerne le JKD, ce qui serait intéressant de savoir, c’est qui est déçu? En général, ce sont toujours les mêmes! Ceux qui ne comprennent rien à l’Art, ceux qui sont mauvais ou encore ceux qui demandent toujours plus de techniques (on les appelle les «addicts» de la technique).
Ils blâment leur incompétence ou leur médiocrité sur l’instructeur, et plus spécialement sur ses « honoraires ». C’est d’une hypocrisie lamentable. Bien sûr, il y a des soi-disant « instructeurs » en Jeet Kune Do qui, littéralement, arnaquent ceux qui ne font pas le bon choix. Mais il ne faut tout de même pas exagérer et mettre tous les instructeurs dans le même panier. Il ne faut pas oublier ceux qui sont jaloux et qui sont très nombreux, surtout à Paris. Les vrais instructeurs en JKD ont été choisis par Sifu Inosanto pour leurs compétences. Ils ont tous plus ou moins fait d’énormes sacrifices pour en arriver là. S’ils sont bons, il est tout à fait normal qu’ils se fassent payer pour leur travail et leurs efforts. Ce serait bien de pouvoir enseigner gratuitement. Malheureusement, nous vivons dans une société où tout se paye, et l’instructeur en arts martiaux, en l’occurrence le professeur de JKD, s’il a décidé d’en faire sa vocation, doit bien en vivre. Je pense que c’est surtout la jalousie qui fait que les gens pensent cela. Seuls les individus intelligents peuvent reconnaître à sa juste valeur ce que Sifu Dan Inosanto enseigne, et le message que moi-même et certains autres de ses instructeurs légitimes faisons passer.

7- Beaucoup pensent que le véritable enseignement du JKD que Bruce Lee a inculqué au Maître Dan Inosanto n’est enseigné qu’à une certaine élite de personnes, ce qui fait qu’un doute s’est installé sur l’originalité de l’enseignement dans les différentes écoles aujourd’hui. Est-ce vrai ou faux ?

Salem Assli: Faux ! Mais comme il faut développer un peu, alors j’ajouterai que cela dépend! Si on parle de l’enseignement d’Inosanto, du mien, ou de celui des meilleurs élèves de Sifu Inosanto, l’enseignement est tout ce qu’il y a de plus authentique. Je le sais de source sûre. J’ai vu les notes de Bruce Lee chez Inosanto, je les ai moi même empaquetées lors de leur déménagement. Inosanto est la seule personne qui peut enseigner l’art véritable, et cela depuis la mort de Lee. Il enseigne le Jun Fan Gung Fu 100% authentique ainsi que que le JKD pur et dur. Il l’enseigne dans ses classes, dans des phases qui vont de la phase 1 à la phase 4, et ensuite au JKD. Si vous ne pratiquez pas directement sous Sifu Dan Inosanto ou sous l’un de ses instructeurs certifiés, il y a peu de chances que vous puissiez voir l’Art véritable tel que Lee l’enseignait à ses élèves. C’est l’une des raisons pour laquelle j’ai fondé l’AFJKD et Kali, afin que les gens ne déforment pas le Jun Fan, ni le JKD, et c’est aussi un peu pour cela que j’ai écrit mon livre JKD chez Chiron, afin de pouvoir entre autre mettre les pendules à l’heure.

8- Beaucoup de fans du Petit Dragon pratiquent un art martial qu’il soit traditionnel ou de combat. En ce qui te concerne, est-ce l’admiration pour Bruce Lee qui t’a poussé à pratiquer le JKD ou l’inverse ?

Salem Assli: Il va sans dire que l’admiration que j’avais pour Bruce Lee a été le déclic pour moi. Mais je savais, sans l’avoir jamais vu, mais en lisant ses interviews, que Dan Inosanto serait mon instructeur. Ses connaissances, son humilité et sa simplicité étaient à la hauteur de ce que j’attendais. Quant aux fans de Sijo Bruce Lee, je dirais qu’il n’est pas très important que l’on pratique un art traditionnel ou non classique. Ce qui importe, c’est que l’on soit heureux... point final !

9- Tu ne peux pas nier que le public a découvert l’acteur avant de découvrir que Lee Jun Fan était un grand pratiquant et un vrai passionné des arts martiaux, vu l’héritage martial qu’il a légué (JKD) après sa mort. Quel importance donnes-tu à tous ces clubs et associations qui préservent sa mémoire depuis toutes ces années ?

Salem Assli: Je trouve que c’est super et qu’il faut continuer tant que ça ne devienne pas mystique, car Bruce était tout ce qu’il y a de plus humain, avec ses défauts et ses qualités. C’est grâce à des revues comme Dragon Story que la mémoire de Bruce Lee reste intacte. Lorsque l’on ne parle plus de quelqu’un, c’est là qu’il meurt vraiment. Pour cette raison, l’attitude de Linda me surprend.

10- Quel est ton sentiment devant l’excellent travail de Mr. John Little pour la conception des documents inédits sur le Jeu de la Mort ? Est-il vrai que le Maître Dan Inosanto détient des images inédites le concernant durant le tournage et qui auraient pu être incluses dans le documentaire (A Warrior’s Journey) ?

Salem Assli: C’est super, bien sûr, mais incomplet. La version japonaise que j’ai est nettement meilleure, avec des scènes en plus. Inosanto a d’ailleurs accepté d’aider la production japonaise, mais pas celle de Little, qui avait manqué de respect à Inosanto. Il apparaîtrais que celui-ci s’est pas mal servi de Bruce à son compte, sans vraiment être un pratiquant du JKD. Aux dernières nouvelles, il a été renvoyé par Linda Lee pour fraude. Le Nucleus s’est également désintégré, ce qui était prévisible... Sans la tête (Inosanto), cela ne pouvait pas aller très loin. Dans la version japonaise, Inosanto est interviewé à plusieurs reprises. Il n’a pas, à ma connaissance, d’images inédites, mais de nombreuses anecdotes hyper intéressantes sur le tournage, dont certaines qu’il m’a demandé de ne pas révéler.■